IL Y AVAIT UNE SORCIERE qui PRATIQUE

IL Y AVAIT UNE SORCIERE qui PRATIQUE

TEXTES, CITATIONS, PENSEES


SORCIÈRES et NOS VALEURS en 10 POINTS

UNE SORCIERE SAIT ou tend vers :

 

 

Se connaître elle-même

 

Connaître l'art de la magie

 

Apprendre à s'élever

 

Appliquer l'enseignement avec sagesse

 

Atteindre l'équilibre

 

Prendre garde à chaque parole

 

Contrôler chacune de ses pensées

 

Célébrer la vie

 

Vivre en accord total avec les cycles de la Terre

 

Savoir respirer et manger correctement

 

Faire de l'exercice pour garder un corps sain

 

Méditer

 

Honorer les Dieux et les Déesses

 


12/11/2018
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Mon âme de sorcière par Odile CHABRILLAC

Mon âme de sorcière

Symbole subversif de la révolte féministe, la figure de la sorcière est aujourd’hui de retour, prête à questionner nos choix, notre rapport au monde, à la nature, au corps, à la rationalité, à la sexualité… Et ce qu’elle a à nous apprendre peut réellement changer nos vies.

 

 

CHAPITRE 1

Tant d’histoires de sorcières

 

« La Sorcière, la médecinienne, la miresse, la Bonne Dame, la Belle Dame (Belladona), la saga, la sage-femme, l’Armide, la cartomancienne, la chipie, la pie-grièche, la chiromancienne, la guérisseuse, la harpie, la mégère, la magicienne, (…), l’oracle, la prophétesse, la pythonisse, la pimbêche, la fée, vous, moi. »

- Pascale d’Erm

 

Que sait-on des sorcières aujourd’hui ? Si peu de choses. Et même ce que l’on sait, il n’est pas sûr que cela soit vrai. Pourquoi ? Parce que, pendant des siècles, l’histoire – écrite par des hommes - a choisi d’occulter le massacre de ces femmes différentes.

En Europe, entre le Xe et le XVIIIe siècle – même si le plus fort de ces meurtres eut lieu à la suite d’une bulle pontificale du pape Jean XXII, en 1326, ce sont près d’un demi-million de femmes qui auraient été condamnées à mort, le plus souvent au bûcher, sous prétexte d’avoir signé un pacte avec le diable, c’est-à-dire d’avoir eu des relations sexuelles avec lui, des accusations souvent issues de leur mari (mais pas seulement). Un traité en particulier sera utilisé pour les pourchasser : Malleus Maleficarum, le « Marteau des Sorcières ». Il présentait des arguments théologiques et juridiques, et fournissait des directives pour repérer et éliminer les sorcières. Ce véritable génocide est encore tu de nos jours. Même si les chiffres varient selon les sources (entre les archives religieuses et celles des tribunaux) et que l'on ne saura jamais la réalité de cette tragédie, il ne fait nul doute qu'elles ont été extrêmement nombreuses à avoir été condamnées pour des prétextes fallacieux. Dans ces accusations de sorcellerie, la proportion de femmes était de 80 %. Les 20 % restants étaient donc des hommes, la plupart des vagabonds, des « errants ». Les femmes, au contraire, étaient de tous âges, de toutes conditions, de diverses confessions, même si, et ce ne peut être un hasard, elles étaient souvent sages-femmes ou guérisseuses, proposant des remèdes basés sur une pharmacopée traditionnelle, les « simples », mais s'occupant aussi probable­ ment de contraception, voire d'avortement. Les historiens se sont beaucoup interrogés sur une telle répression et sur cette soudaine montée de violence antiféminine.

 

Plusieurs raisons ont été avancées, mais il apparaît de prime abord qu'elle fut la manifestation de la misère du temps et que sa répression fut à la mesure des calamités naturelles qui accablaient les populations. La société voulait des coupables : les éléments non conformistes et marginaux constituèrent de parfaits boucs émissaires. Au premier rang, les femmes, les plus vieilles, les plus laides, les plus pauvres, les plus agressives, les plus différentes. Celles qui suscitaient la crainte. Ainsi, par exemple, en 1595, un mandement de Philippe II pour les Pays-Bas espagnols mentionnait les vieilles femmes comme particulièrement suspectes du crime de sorcellerie. Parallèlement à cela, bon nombre de ces prétendues sorcières sont des femmes isolées, n'ayant ni fils, ni mari, ni frère, et dont les biens destinés à tomber en déshérence échappent aux règles normales de succession, lesquels sont donc susceptibles de stimuler certains appétits. Notons également que les deux tiers de leurs accusateurs furent des hommes, chacun y allant de son fantasme, de son inquiétude, de sa projection ... Un pouvoir masculin s'appuyant sur l'incroyable puissance de manipulation des consciences que représentait alors l'Église finit donc par enchaîner condamnation sur condamnation jusqu'à aboutir à ce véritable sexocide.

 

Ces femmes furent brûlées, parfois noyées, des fois avec leurs enfants, voire avec leurs animaux, dans le silence assourdissant de l'histoire en marche. Ce n'est qu'au bout de 300 ans que finalement Jules Michelet 2 prendra sa plume (après avoir quasiment achevé son Histoire de France en 17 tomes), afin de réhabiliter ces femmes, même si l'on peut être aujourd'hui troublé par la vision particulièrement romantique qu'il a de son sujet : « Elle est voyante à certains jours ; elle a l'aile infinie du désir et du rêve. Pour mieux compter les temps, elle observe le ciel. Mais la terre n'a pas moins son cœur. Les yeux baissés sur les fleurs amoureuses, jeune et fleur elle-même, elle fait avec elles connaissance personnelle. Femme, elle leur demande de guérir ceux qu'elle aime. » Il n'empêche, son livre fait scandale lors de sa sortie, fut menacé de saisie, les autorités ecclésiastiques exigeant la suppression de deux passages qu'elles jugeaient particulièrement accusateurs. Il connaît néanmoins un beau succès et sera plusieurs fois réédité.

 

 

Une concurrence religieuse à son paroxysme

 

Parce qu'il s'agit majoritairement d'un crime contre les femmes, ces procès en sorcellerie nous interrogent sur la place spécifique accordée à la femme dans les cultures européennes de cette période. D'autant qu'il est important de noter qu'une bonne partie de l'Europe ignora totalement la chasse aux sorcières : l'Italie, l'Espagne et le Portugal en particulier (à l'exception des régions frontalières avec les pays qui s'y sont livrés tel le nord de l'Italie, par exemple, partageant des frontières avec la France et la Suisse, deux pays où la chasse aux sorcières a été intense). Les tribunaux de !'Inquisition ont d'abord été créés pour lutter contre les hérésies des Cathares, des Vaudois puis des Templiers, et certainement pas pour lutter contre d'hypothétiques sorcières. D'ailleurs, les bulles pontificales qui les mettent en place ne signalent pas que les femmes devraient être davantage soupçonnées que les hommes en tant qu'hérétiques.

 

Ce sont les inquisiteurs eux-mêmes qui, de leur propre chef, ont largement dépassé leurs prérogatives et se sont lancés dans la lutte contre les femmes, considérant qu'elles étaient nécessairement du côté du diable, utilisant d'ailleurs des croyances encore vivantes comme celles de la femme malé­ fique ou celle de la « Société de Diane » selon laquelle certaines parcouraient de nuit les campagnes à la suite d'une divinité, la Diane romaine. Mais les choses s'aggraveront avec la réforme protestante : d'ailleurs, la géographie de la chasse aux sorcières des XVlc et XVllc siècles s'inscrit précisément dans les zones de contact entre le catholicisme et la Réforme, des deux côtés de la frontière religieuse, catholiques comme protestants ayant cherché à les éradiquer. Là où le protestantisme est rapidement éliminé et là où il n'a jamais pris pied, la chasse aux sorcières est ignorée.

 

 

Une connaissance confisquée

 

L'un des prétextes de cette chasse aux sorcières concerne néanmoins les connaissances de médecine empirique attribuées à ces femmes. Or, à la fin du Moyen Âge, entre le x ème et le xv ème siècle, l'on assiste au développement des universités : il devient alors vite interdit d'exercer la médecine si l'on n'est pas issu de l'une d'elles. Pourtant, les sorcières continuent à le faire. Jules Michelet l'explique dans La Sorcière : « L'unique médecin du peuple, pendant mille ans, fut la sorcière. Les empereurs, les rois, les papes, les plus riches barons avaient quelque docteur de Salerne, des Maures, des Juifs, mais la masse de tout État, et que l'on peut dire de tout peuple, ne consultait que la saga, ou sage-femme. » Cette pratique alors qualifiée de païenne est accusée à ce titre de sorcellerie : les inquisiteurs et les juges sont convaincus que ces connaissances n'ont pu leur être communiquées que par le diable. Et si la femme possède le pouvoir de guérir, peut-on imaginer qu'elle ne soit pas capable de nuire à son entourage par des moyens semblables ? Ces guérisseuses sont alors excommuniées, jugées et punies de mort, pour exercice illégal de la médecine dirait-on maintenant, exercice en dehors des règles qu'avait alors décidé le pouvoir.

 

En qualifiant les savoirs populaires de superstitieux, d'obscurantistes, voire de diaboliques, on substitue à la figure du guérisseur intégré à la communauté celle du médecin qui dispense sa science d'en haut. Le patient, privé de sa confiance dans sa propre culture et son propre ressenti, est désormais entretenu dans la conscience de son impuissance. L'être humain est ainsi coupé de son propre corps, coupé de ses semblables, coupé de la nature. C'est la fin de l'immanence, conception selon laquelle la valeur sacrée réside dans chaque élément du monde sans y être apportée par un dieu qui lui serait extérieur. L'immanence, qui avait survécu au catholicisme à travers les pratiques et les croyances qu'incarnaient entre autres les sorcières, ne résiste pas à la mise en coupe réglée de la culture populaire qui se joue alors et s'est prolongée jusqu'à maintenant. Si l'on omet l'existence en France de la revue féministe (et artistique) Sorcière, dont la diffusion resta assez confidentielle, il est clair que la vieille Europe et surtout le pays de Descartes font de la résistance, comme s'ils ne voulaient surtout pas se trouver confrontés aux vieilles mémoires d'un peu glorieux passé.

 

Difficile d'assumer que les flammes des bûchers ont bien entaché cette Renaissance que le discours officiel n'a cessé de porter aux nues. Difficile de se confronter à l'idée que ce triomphe de la raison a surtout été celui de la raison du plus fort : patriarcal, rationnel, scientiste. Et pourtant, oui, pourquoi ne pas le reconnaître, nous sommes aussi les héritiers (et les héritières) de ce monde qui a brûlé les sorcières. Oui, une partie de nous pense encore que ces anciennes guérisseuses étaient marginales et superstitieuses (même si l'on commence timidement à redécouvrir la pertinence de leur médecine préventive et leur usage avisé des plantes). Oui, nous rejetons encore le corporel, le sensuel - sans parler du sexuel - et le nourricier. Pas de doute, une forme de vision mécaniste - nous faisant voir davantage les éléments que les relations entre eux -, capitaliste et patriarcale du monde est encore en nous.

 

Pour tenter de transformer les choses, comme l'explique la journaliste et essayiste Mona Cholet dans un très bel article consacré à Starhawk, ces nouvelles sorcières américaines tra­ vaillent à redonner à chacun la conscience de son propre pouvoir en même temps qu'à renforcer ses liens avec les autres, la nature et le monde. Cette force et ces liens ne sont pas des enfantillages gentiment ésotériques, affirment-elles. La vision mécaniste du monde, si elle continue à régner sur nos consciences, n'a-t-elle pas été depuis plusieurs décennies invalidée par la science ? « La physique moderne ne parle plus des atomes séparés et isolés d'une matière morte mais de vagues de flux d'énergies, de probabilités, de phénomènes qui changent quand on les observe ; elle reconnaît ce que les chamans et les sorcières ont toujours su : que l'énergie et la matière ne sont pas des forces séparées mais des formes différentes de la même chose. » Ce sont ces flux d'énergie, cette force qui lie tous les éléments du monde - le prana hindou, le qi asiatique, le mana hawaïen - que les sorcières apprennent à célébrer et à manier, inventant de nouvelles formes de rituels : se regrouper, danser, chanter, se connecter, faire des demandes ensemble. De manière simple, concrète. Les sorcières ont en effet un principe : « des choses, pas des idées ». Le projet ici étant justement de renoncer à cette approche intellectuelle pour rentrer directement dans le vif du sujet. Le pratiquer, l'expérimenter. Quitte à se tromper.

 

 

Les réhabiliter nous aussi

 

Et aujourd'hui ? S'il n'est pas forcément nécessaire de cher­ cher à imiter les sorcières américaines, nul doute que le fait d'évoquer les sorcières et de s'interroger sur ce qu'elles pour­ raient nous apporter a cessé de nous faire peur, jusqu'à parfois nous faire envie (même de ce côté de l'Atlantique). Petit à petit, prendre conscience de son propre pouvoir et apprendre à se connecter avec la nature n'a plus été un tabou mais une opportunité : faire silence, se pencher sur soi, se poser ; en se faisant guider, ou pas, selon son désir. Puis, au fil du chemin, de rituel en rituel, de rencontres avec soi et avec d'autres, retrouver la joie. Celle de participer à un projet qui va au-delà de soi, d'apprendre cette connaissance des mages ou la « vieille religion » comme disent aussi certains pour parler de la Wicca, et qui, bien plus qu'une religion, évoque simplement une forme de spiritualité au cœur de la nature. Celle de créer sa vie en s'appuyant non plus sur les attentes infantiles de notre ego mais la prise en responsabilité de sa demande.

 

Alors, aujourd'hui, être une sorcière qu'est-ce que c'est ? Selon moi, c'est travailler sur soi tant et tant pour pouvoir faire preuve d'ouverture et de sagesse, et utiliser à bon escient ce que l'on sait, avec discrétion et humilité. Être sorcière, c'est aimer son corps, nu ou habillé, en prendre soin, le renforcer puisqu'il contribue au développement de ses pouvoirs personnels. Être sorcière, c'est retrouver le rythme de la nature, fêter les solstices, les équinoxes et les pleines lunes, éventuellement en lien avec d'autres personnes capables d'apprécier la singularité d'un tel moment. Être sorcière, c'est accepter de remettre chaque jour sur le métier l'ouvrage, apprendre et s'interroger sans discontinuer. C'est finir parfois, si on le souhaite, grâce à un entraînement adéquat et rigoureux, par accomplir des actes hors du commun, semblant relever du surnaturel, comme changer la météo ou créer un vrai changement de vie, en utilisant ses propres ressources intérieures, même si cela ne semble jamai s être une fin en soi. Il est, bien sûr, possible de prendre un nom d'initié(e), d'acheter un chaudron, une boule de cristal, sans oublier un chapeau pointu et un balai, de jouer de tout ce folklore associé, mais l'essence de la sorcellerie n'est pas là.

 

Son essence est plus profonde, plus troublante : elle consiste à revenir vers soi et à se dire si je peux faire quelque chose de magique, je veux le faire, je vais prendre le temps nécessaire pour y arriver. Je vais apprendre à me concentrer, à méditer, à visualiser. Chaque jour un peu. Aller au sein de ce monde secret, lequel implique le retour de l'innocence, d'une sorte de foi enfantine, capable de dire, oui, je vais essayer et je vais bien voir ce qui va se passer. L'essence même de la sorcière est la transformation : la véritable magie est un art spirituel dont l'objectif est d'unir l'esprit avec la matière, grâce à l'énergie de l'amour, pour que la matière finisse par donner vie à la puissance de l'esprit. Concrètement, les pratiques de la magie constituent un moyen d'utiliser l'énergie qui nous entoure, qu'elle provienne de la terre, de l'univers, du cosmos ou de l'intérieur de nous-mêmes. Qu'il s'agisse de rituels, d'invocations, de recettes magiques, ils servent avant tout à augmenter et à renforcer notre volonté.

 

Ils nous aident à conserver notre attention et à puiser 'dans nos propres réserves spirituelles et émotives, dont la plupart du temps nous ignorions même l'existence. La magie vise à accéder à une plus grande connais­ sance des mystères de l'univers, de la terre, de la nature et de l'amour. Au-delà de soi, au-delà de nous. Mais c'est aussi l'art de mener une vie créative, empreinte d'énergie, de chant, de rencontres et d'éclats de rire. C'est une sorte de danse sacrée à laquelle nous sommes toutes et tous conviés. Concentration, travail et sagesse sont évidemment primordiaux. Mais la ténacité, la sérénité et l'ouverture d'esprit ne doivent pas être oubliées au fll du chemin, sinon la magie ne sera que fantaisie. Car in fine, il s'agit vraiment de notre capacité à nous unifier avec un état sacré, celui d'être vivant au cœur d'un monde incroyable. Alors, grâce à la magie, la peur se fait joie, la frustration se transforme en épanouissement, et l'existence se fait plus pure, loin des bavardages, des jeux de rôle et de l'identification à son corps et à son égo.

 

Et si, dans la lignée de Starhawk et même des féministes italiennes des années 1960, il ne fait guère de doute que les sorcières d'aujourd'hui portent haut les valeurs du féminin, et que l'on peut donc les qualifier de « féministes », il ne s'agit pas d'un féminisme de combat, de confrontation, de compétition mais bien d'un féminisme par nature : femmes, elles occupent leur place de femme, sans vouloir préempter celle des hommes. Mais le fait d'affirmer simplement leur spécificité est peut-être ce qui les rend révolutionnaires à leur manière. Il n'est plus le temps de la revanche, ni de la colère. Peut-être est-ce celui de déposer les armes, de pacifier le passé, tout en refusant tout compromis et toute ambiguïté. Certaines d'entre elles peuvent faire le choix de militer, de dénoncer le sexisme, de revendiquer. Avec les outils d'hier ou d'aujourd'hui. Rituels mais aussi pétitions en ligne - le hashtag remplace souvent le sabbat ! -, au fond l'idée reste la même : se regrouper afin de se réapproprier son propre pouvoir puis d'interpeller les autres femmes, le public en général, et aussi les institutions en place. Sortir du statut de victime, devenir actrice du changement, agir un peu, beaucoup, passionnément, au risque de ne pas plaire à tout le monde. Mais ce n'est plus un problème… (...)
(Source : Magazine » Bonnes feuilles)

 


26/01/2019
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VIEILLIR AU FEMININ (Le Monde Diplomatique)

Une question politique longtemps ignorée

Vieillir au féminin

En avril 2016, en Suisse, une octogénaire a demandé — et obtenu — une aide au suicide car, « très coquette » selon son médecin, elle ne supportait pas de vieillir. Un signe du stigmate particulier attaché à l’avancée en âge chez les femmes. En France, deux personnalités se sont emparées de cette question longtemps négligée par les féministes : Benoîte Groult et Thérèse Clerc, toutes deux disparues cette année.

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Gustav Klimt. – « The Three Ages of Woman (Les Trois Âges de la femme »), 1905

Galleria Nazionale d’Arte Moderna, Rome / De Agostini Picture Library / A. Dagli Orti / Bridgeman Images

Pourquoi les femmes mentent-elles davantage que les hommes sur leur âge ? Partant de cette question apparemment anodine, Susan Sontag explore en 1972 ce qu’elle appelle le « deux poids, deux mesures de l’avancée en âge  (1)  ». En matière de séduction, remarque-t-elle, deux modèles masculins coexistent, le « jeune homme » et l’« homme mûr », contre un seul côté féminin : celui de la « jeune femme ». Au point qu’il est admis, notamment dans les classes moyennes et supérieures, qu’une femme dépense une énergie croissante (et, si elle le peut, de l’argent) pour tenter de conserver l’apparence de sa jeunesse.

Mais la dépréciation des femmes vieillissantes ne tient pas seulement à leur éloignement des standards jeunistes de beauté. Elle provient également de la simple avancée en âge, laquelle tend à amoindrir, pour elles, les possibilités d’être plus jeunes que leurs partenaires potentiels. Cette norme de l’écart d’âge permet à certains hommes d’avoir une descendance sur le tard, ou leur offre l’assurance d’être pris en charge, en vieillissant, par une compagne plus alerte. S’adressant aux femmes, Sontag montre ce qu’elles pourraient gagner à « dire la vérité », à « laisser voir sur leur visage la vie qu’elles ont vécue » ; à s’émanciper des normes jeunistes.

Au moment de la parution de ce texte, le mouvement féministe nord-américain et ouest-européen est en pleine effervescence. Pourtant, l’approche féministe de l’âge et du vieillissement demeure marginale au cours des années 1970. Les revendications se focalisent sur le contrôle de la fécondité, sur le travail, sur la liberté de mouvement ou sur celle de vivre sa sexualité. En France, c’est seulement dans les années 2000 que des analyses mettent en relation sexisme et âgisme. Benoîte Groult et Thérèse Clerc, toutes deux disparues en 2016 aux âges respectifs de 96 et 88 ans, font partie de ces penseuses et militantes qui ont cherché à politiser leur propre vieillissement dans une perspective féministe.

Benoîte Groult était la fille d’entrepreneurs fortunés et libéraux, liés aux milieux parisiens du stylisme et de la mode. Thérèse Clerc, elle, appartenait à la petite bourgeoisie commerçante, catholique et traditionaliste. Licenciée en lettres, Groult est enseignante puis journaliste, tandis que Clerc, qui a suivi une formation de modiste, devient femme au foyer. Cependant, toutes deux ont décrit a posteriori la première phase de leur vie comme une période marquée par le poids des activités domestiques et maternelles (la première a eu trois enfants et la seconde quatre), une certaine solitude dans la vie quotidienne, l’anxiété liée à la survenue de nouvelles grossesses, doublée, pour Groult, de l’expérience réitérée d’avortements clandestins. La seconde période, définie comme une « renaissance », est associée en grande partie à la découverte du féminisme.

« Festival des cannes »

Ayant quitté son mari, Thérèse Clerc devient, à 41 ans, vendeuse de grand magasin pour gagner sa vie. Dans le contexte du Mouvement de libération des femmes (MLF), elle découvre le plaisir amoureux et sexuel hors du cadre de la conjugalité hétérosexuelle et s’éloigne de la religion (2). À Montreuil, où elle s’installe avec ses enfants, elle devient une figure du féminisme local. En 1997, elle y fonde un lieu d’échanges féministes et d’accueil des femmes victimes de violence, rebaptisé en 2016 Maison des femmes Thérèse-Clerc.

Benoîte Groult, elle, rencontre au cours des années 1950 son troisième et ultime conjoint, l’écrivain Paul Guimard, qui l’encourage à écrire. Plus tard, sa lecture des publications liées au mouvement des femmes la pousse à démystifier les normes qui ont régi son existence passée. Paru en 1975, son essai Ainsi soit-elle (Grasset) mêle une critique de son éducation féminine bourgeoise et une synthèse de recherches sur l’inégalité des sexes dans le monde. Vendu à plus d’un million d’exemplaires, il s’adresse autant aux jeunes militantes de la génération MLF qu’aux cinquantenaires, restées, pour la plupart, extérieures au mouvement (3). Propulsée à 55 ans « féministe de service », selon son expression, Benoîte Groult s’engage dans la promotion institutionnelle des droits des femmes. De 1984 à 1986, elle préside la commission sur la féminisation des noms de métiers, de grades et de fonctions ; et, dans les années 1990-2000, elle soutient les luttes pour la parité en politique.

Journaliste, essayiste, romancière à succès, proche du Parti socialiste, vivant, selon les saisons, dans son appartement parisien ou dans ses maisons en Bretagne ou en Provence, la Benoîte Groult des années 2000 n’appartient assurément pas au même milieu social que Thérèse Clerc. Cette dernière vit modestement dans un petit appartement à Montreuil et se revendique de la pensée libertaire et autogestionnaire. Cependant, leur engagement pour la cause des femmes les a toutes deux conduites à interroger à travers ce prisme leur propre avancée en âge.

Militante, à partir de 1986, au sein de l’Association pour le droit de mourir dans la dignité, Benoîte Groult met en relation le combat pour l’euthanasie avec les luttes féministes pour la libre disposition de son corps. Elle forge une éthique à partir de sa propre expérience, essayant d’analyser la façon dont, face au vieillissement et au veuvage, elle a dû réinventer, pour le préserver, son rapport hédoniste à l’existence. Elle évoque une curiosité permanente pour les évolutions sociopolitiques du monde, une recherche de plaisirs sensoriels quotidiens, une appétence pour l’effort physique qu’elle a dû recomposer et ajuster aux transformations de son corps au fil du temps, ainsi qu’un goût pour la contemplation des paysages ruraux ou maritimes (4).

Mais si cette femme, dotée d’une santé solide, a pu jusqu’au bout imprimer sa volonté sur ses activités quotidiennes et sur le choix de ses lieux de vie, comment vieillir quand on n’est plus en mesure d’accomplir certains gestes ordinaires ? Que peut le féminisme, pensée collective de la liberté de disposer de son corps, lorsque ce corps multiplie les signes d’affaiblissement et de dérèglement ? À 60 ans passés, Thérèse Clerc, tout en travaillant et en s’occupant de ses petits-enfants, a dû prendre en charge pendant cinq ans sa propre mère gravement malade. Ce type d’épreuve n’est pas rare pour ceux, et surtout celles, qui jouent le rôle de pourvoyeuse (ou de pourvoyeur) de soins à la fois pour les descendants et les ascendants. Éviter de devenir à son tour une charge pour ses enfants a constitué l’une des motivations de Thérèse Clerc lorsqu’elle a imaginé, à la fin des années 1990, la Maison des Babayagas. Ce projet d’une maison de retraite autogérée, fondée sur l’entraide et la solidarité entre ses membres, est conçu pour les femmes de la génération de Thérèse, notamment celles qui, longtemps mères au foyer ou travailleuses à temps partiel, disposent d’une retraite très modeste. Créée en 2012, la Maison des Babayagas ne correspond pas en tout point au rêve de sa fondatrice (l’attribution de nouveaux logements est aux mains du bailleur public et non des habitantes), mais elle devient néanmoins un lieu d’événements militants. Elle accueille notamment l’Unisavie, une université populaire mettant en commun des luttes et des savoirs relatifs à la vieillesse. On y débat d’autogestion, d’économie sociale et solidaire, de féminisme, du vieillissement des personnes migrantes ou encore de la sexualité des vieilles et des vieux.

Dans un documentaire, en 2005, Benoîte Groult évoquait une expérience courante de l’avancée en âge : c’est d’abord à travers le regard des autres qu’elle s’était vue vieillir. Pour sa part, elle se sentait « égale à elle-même », voire, par certains aspects, plus énergique qu’à des époques antérieures. Pourtant, elle voyait changer l’attitude des autres à son égard, se développer une forme d’indifférence, de commisération et parfois de mépris à peine voilé. Elle ressentait, à travers des mots et des gestes, qu’elle n’avait plus tout à fait sa place dans des événements ordinaires de la vie sociale dont elle prenait conscience qu’ils étaient régis par des limites d’âge implicites. Dans son milieu, celui du monde littéraire, du spectacle et de la politique, où beaucoup d’hommes de son âge étaient en couple avec des femmes bien plus jeunes, elle avait également commencé à ressentir le vieillissement de son apparence comme une forme de stigmate — une expérience à laquelle, au même âge, son mari pouvait encore échapper. Se sentant impuissante à changer les règles du jeu, elle assumait d’avoir eu recours à un lifting : « Je ne vois pas pourquoi les féministes n’auraient pas le droit aux progrès de la médecine. (...) Le souci de la beauté n’est pas en soi antiféministe », se justifiait-elle (5). Thérèse Clerc n’évoluait pas dans le même monde social et ses rides n’ont pas semblé l’empêcher de séduire hommes et femmes jusqu’à un âge avancé. Elle aurait sans doute respecté l’aspiration de Benoîte Groult à présenter un visage considéré par son entourage comme plus plaisant. Mais elle aurait peut-être ajouté que toutes les femmes n’ont pas les moyens financiers de sauver leur peau à coups de bistouri.

À la Maison des Babayagas, la « beauté » cessait de n’être qu’une technique de soi mobilisée individuellement, dans la coulisse, pour devenir un enjeu d’échange collectif. Thérèse Clerc s’intéressait aux œuvres d’art montrant des corps vieillissants et avait pour projet d’organiser un « festival des cannes » qui présenterait les meilleurs films mettant en scène la vieillesse. Avec plusieurs « Babayagas », elle avait participé à une chorégraphie intitulée de façon provocante « Vieilles peaux », où s’inventaient des mouvements dansés, ancrés dans la situation subjective de personnes très âgées (6). Elle réfléchissait aux vêtements, aux parfums, aux bijoux qui peuvent embellir un corps de vieille femme sans avoir pour seul objectif de dissimuler les signes de l’âge. En octobre 2015, elle avait coorganisé, avec des élèves en arts appliqués du lycée Eugénie-Cotton de Montreuil, un défilé de mode dont les modèles étaient les « Babayagas ». Des robes chatoyantes, amples et colorées, fabriquées par les élèves à partir de chutes de cravates abandonnées par les grossistes du quartier parisien du Sentier, étaient portées par des femmes de plus de 80 ans, dont Thérèse. Défilant avec un mélange de malice et d’autodérision, celles-ci pastichaient la démarche conventionnellement orgueilleuse des mannequins : trop vieilles pour jouer le jeu, elles en profitaient pour faire un pied de nez aux normes, sous le regard séduit et troublé de spectatrices et de spectateurs de tous âges.

Traditionnellement, une femme qui ne dissimule pas sa vieillesse et qui assume d’avoir (encore) des désirs dérange, voire dégoûte, plus encore qu’un homme. Pour interroger collectivement cette anxiété, nous avons besoin de « vieilles désirantes (7) » qui sortent du placard où elles sont sommées de rester cachées. Provocatrice par ses actions militantes, son refus de tout euphémisme pour parler des misères de la vieillesse, ses références explicites à la sexualité des vieilles personnes et son énergie à vouloir changer le monde, Thérèse Clerc assumait le rôle de contestatrice de l’ordre des âges. Chez celles et ceux qui étaient un peu plus jeunes, elle parvenait à distiller, au sein de l’anxiété intime, une forme de curiosité, sinon de désir, pour cette étrange étape à venir : la vieillesse.

Il ne s’agissait nullement pour elle de nier le corps qui s’affaiblit ni la crainte de voir s’approcher le moment de la fin. Mais alors que Benoîte Groult cherchait, en tant qu’écrivaine, à rendre compte au plus près de son expérience et à lui donner une forme littéraire, le rapport de Thérèse Clerc à la vieillesse était d’abord politique : elle percevait dans ce statut discrédité une position privilégiée pour questionner un certain nombre de normes sociales qui contraignent plus directement les adultes « dans la force de l’âge ». Elle considérait la vieillesse comme un moment propice pour défier, à travers des événements concrets, l’organisation âgiste de la société et pour remettre en question ses oppositions binaires : activité/inactivité, performance/vulnérabilité, autonomie/dépendance.

Disséminer de telles expérimentations est en soi un parcours jonché d’obstacles. Quand tout est organisé pour qu’une partie de la population accepte l’idée d’avoir « passé l’âge » de contribuer à la (re)production de la société, et peut-être même à sa contestation, encore faut-il qu’aux marges se développent des espaces de critique sociale accueillants pour celles et ceux dont « le ticket n’est plus valable (8) ».

Un combat jamais perdu, jamais gagné

À l’heure où le milliardaire Donald Trump, incarnation d’une misogynie débridée, accède au rang d’homme le plus puissant du monde, la nouvelle livraison de Manière de voir (9) arpente le front de « la guerre la plus longue » — selon la formule de l’essayiste américaine Rebecca Solnit : celle menée tout au long de l’histoire contre les femmes. Du Japon à l’ex-Allemagne de l’Est, du Burkina Faso à l’Iran, du monde arabe à l’Amérique latine, où en sont les combats pour l’autonomie, pour le droit à disposer de son corps, pour l’égalité professionnelle ou la parité en politique ? Mais aussi — pour que ces histoires ne soient pas oubliées : comment ont été obtenues l’inscription du principe d’égalité dans la Charte des Nations unies ou, en France, la liberté de contrôler sa fécondité ? Quel usage les suffragettes britanniques firent-elles du jujitsu ? Des textes de référence (Pierre Bourdieu, Christine Delphy, Nancy Fraser, Gisèle Halimi), ainsi que des cartes et des extraits d’ouvrages.

Juliette Rennes

Sociologue.

(1Susan Sontag, « The double standard of aging », The Saturday Review, New York, 23 septembre 1972.

(2Cf. notamment Danielle Michel-Chich, Thérèse Clerc, Antigone aux cheveux blancs, Éditions des femmes, Paris, 2007.

(3Benoîte Groult, Mon évasion, Grasset, Paris, 2008, et Une femme parmi les siennes, commentaire de Josyane Savigneau, Textuel, Paris, 2010.

(4Cf. Catel, Ainsi soit Benoîte Groult, roman graphique, Grasset, 2013, et Benoîte Groult, La Touche Étoile, Grasset & Fasquelle, 2006.

(5« Vieillir ou le désir de voir demain », dans Une chambre à elle. Benoîte Groult ou comment la liberté vint aux femmes, documentaire d’Anne Lenfant (2005).

(6Frédéric Morestin et Pascal Dreyer, « “Vieilles peaux” : exploration en terre utopique », Gérontologie et société, no 140, Paris, 2012.

(7Rose-Marie Lagrave, « L’impensé de la vieillesse : la sexualité », Genre, sexualité & société, no 6, Paris, automne 2011.

(8Romain Gary, Au-delà de cette limite, votre ticket n’est plus valable, Gallimard, Paris, 1975.

(9« Femmes : la guerre la plus longue », Manière de voir, no 150, décembre 2016 — janvier 2017, 8,50 euros, en kiosques.

 


17/01/2019
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17/01/2019
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VANDANA SHIVA : controverses

L’éco-philosophie de Vandana Shiva .

  • Un compte-rendu critique de « Staying Alive : Women, Ecology and Development »
 

 

 

Cet article est la traduction d’un papier paru le 19 novembre 2016 sur le site « GMO Building Blocks » animé par Marc Brazeau. L’auteur de l’article est Marco Rosaire Conrad-Rossi, et il rend compte du premier  livre de Vandana Shiva, qui à ma connaissance n’a pas été traduit en français.

Article original en anglais :

http://fafdl.org/gmobb/the-eco-philosophy-of-vandana-shiva-a-critical-review-of-staying-alive-women-ecology-and-development/

YK

 

Le Staying Alive dont il est question dans cet article.Le Staying Alive dont il est question dans cet article.

 

 

Un autre Staying Alive, qui est ici hors-sujet.

 

 

Il n’y a pas de personnage dans la mouvance anti-OGM qui suscite plus de respect que Vandana Shiva. Auteure et militante indienne, Shiva s’est positionnée au cœur du mouvement anti-OGM à travers son implacable opposition aux biotechnologies et sa volonté de théoriser les objectifs de ce mouvement  dans le sens d’une vision plus large de la société.  Shiva ne veut pas simplement labelliser les OGM, elle veut renverser tout l‘ordre social, et elle voit dans l’opposition aux biotechnologies le combat qui est la clé de voûte de cette importante révolution verte.

Malgré sa popularité en tant qu’oratrice, il y a très peu d’analyses de l’éco-philosophie particulière de Vandana Shiva. Pour mieux comprendre le fond de sa pensée, j’ai décidé de lire son livre Staying Alive : Women, Ecology and Development.  C’est son premier livre, et il est considéré comme un exposé sérieux de ses idéaux « écoféministes ». En le lisant, j’ai été frappé à la fois par les opinions et par le contenu académique qu’on y trouve : il est rempli de contre-vérités et d’interprétations pleines d’imagination de l’Histoire, sans même  parler du caractère très répétitif de l’exposition, qui alourdit son propos sans le rendre plus imperméable à d’évidentes critiques.  Plus surprenant toutefois – et au grand dam probablement de beaucoup de gens de gauche en Occident -, il est très rapidement devenu évident en lisant l’ouvrage que l’ « écoféminisme » de Shiva est  une idéologie profondément conservatrice, pour ne pas dire « réactionnaire ». Une fois que vous mettez à jour les différentes couches de sa pensée, vous constatez qu’elle est une opposante farouche au modernisme, qu’elle est très méfiante vis-à-vis de l’humanisme et des Lumières, et que son astucieux éco-mysticisme lui donne plus de points communs avec les fanatiques religieux qu’avec les militants progressistes qui constituent l’essentiel de son public.  

Au cœur de la vision du monde de Shiva, il y a l’idée selon laquelle les principaux problèmes auxquels doivent faire face les femmes, les peuples indigènes et l’environnement ont leur racine dans l’évolution de l’Europe vers le rationalisme et la pensée scientifique. Elle baptise cette approche le « réductionnisme » -mais elle associe si souvent ce « réductionnisme » au patriarcat et au colonialisme qu’il semble qu’elle ait redéfini « réductionnisme »  comme un authentique synonyme de ces notions. Dans tous les cas, l’avènement du « réductionnisme » a eu lieu selon Shiva avec  la révolution scientifique européenne, qui selon elle, « a transformé la femme et la nature en des objets passifs, que l’on peut utiliser et exploiter selon les désirs contrôlés et incontrôlables des hommes. ». L’idée que les femmes et la nature ont été « transformées » en objets passifs implique qu’avant cette époque tout allait pour le mieux, ou au moins beaucoup mieux. Les preuves factuelles sur lesquelles elle s’appuie pour avancer cette idée sont, pour  le moins insuffisantes. Le seul lien qu’elle établit entre la révolution scientifique européenne et l’oppression des femmes réside dans le fait que la chasse aux sorcières a eu lieu en Europe à l’époque où la révolution scientifique prenait son essor. Ignorant le fait pourtant évident que  les persécutions à la fois des sorcières et des scientifiques étaient organisée par l’Eglise catholique, Shiva défend sa théorie en mélangeant quelques vagues références à des épisodes de chasse aux sorcières avec quelques citations choisies de scientifiques européens. Cela est loin de suffire à établir une relation sérieuse. Le seul exemple précis de chasse aux sorcières qu’elle cite est une loi anglaise contre les sorcières qui a été adoptée en 1511, mais qui est un exemple très problématique. La plupart des spécialistes du sujet feraient commencer la révolution scientifique européenne avec la publication du livre de Copernic  Des révolutions des Orbes Célestes. Le problème de Shiva est que le livre de Copernic est paru en 1543, soit 30 ans après le seul exemple précis de chasse aux sorcières sur lequel elle s’appuie. La remise en cause de ses idées par la chronologie serait comique si Shiva ne traitait pas là d’un sujet aussi grave.

 

Vandana Shiva, qui a mis en avant l'idée selon laquelle des plantes qui ne peuvent pas se reproduire vont pourtant envahir le monde.

 

Malheureusement pour le lecteur, les compétences en herméneutique de Shiva sont aussi faibles que sa maîtrise de l’histoire (ce qui est en fait surprenant, étant donné qu’elle est titulaire d’un doctorat en philosophie). Elle fait largement reposer la faute de la pensée « réductionniste » sur les épaules de Francis Bacon, mais ses arguments dépassent rarement le stade des citations partielles et des conclusions douteuses. Elle affirme que « dans la méthode expérimentale de Bacon, qui est au cœur  de son projet masculin, il y a une dichotomie entre le mâle et le femelle, l’esprit et la matière, l’objectif et le subjectif, le rationnel et l’émotionnel, avec une conjonction du masculin et du scientifique pour dominer la nature, la femme et le non-occidental. »  Et quelle est sa preuve de cette audacieuse interprétation de Bacon ? La réponse est que Bacon – qui écrit au XVIe siècle -  parle de la nature en disant « elle »[i] et évoque l’humanité toute entière en disant : « l’homme ». Donc, quand il écrit à propos de la  science en utilisant ces dénominations, il transmet un registre de vocabulaire sexiste à la science moderne, registre dont elle ne pourra aucunement s’échapper quels que soient ses efforts[ii]. Il va sans dire que cette analyse est puérile. Evidemment que Francis Bacon avait des préjugés sexistes, qui étaient à peu près universels parmi les  mâles de cette époque, et cela a bien entendu influencé son écriture.  Mais faire de cela une preuve à charge contre toute la science moderne est plus qu’un peu tiré par les cheveux. Ici, Shiva confond clairement la métaphore et le sens, et ce faisant produit une interprétation radicalement erronée des travaux de Bacon.

Si l’on considère son obsession du « réductionnisme » - et des horreurs dont il accouche -,  on s’attendrait à ce qu’il soit important pour elle de clairement définir ce qu’elle entend par ce mot. De manière très problématique, le livre ne contient aucune définition directe du mot. La chose la plus proche d’une explication du « réductionnisme » qui est offerte eu lecteur est la sous-partie du livre intitulée « La division naturel  / non naturel ».  Dans cette partie, Shiva décrit ses 3 catégories du savoir. Le « réductionnisme » ne parvient pas à expliquer la première catégorie – le royaume de la nature, comme en écologie -,  parce que le réductionnisme a besoin de tout réduire au confinement d’une expérience contrôlée. Cette réduction de l’objet à l’expérience contrôlée rend impossible la compréhension de la manière dont les choses fonctionnent dans le monde réel – et de ce fait mène à une incompréhension des systèmes écologiques et éventuellement à la destruction de l’environnement. La deuxième catégorie – le royaume des particules physique et des champs du savoir qui leur sont liées – est favorable au « réductionnisme » parce que ces champs peuvent être expliqués à partir d’expériences contrôlées, mais  ils n’ont pas d’implication pratique dans le monde réel, et donc ne font pas courir de risque de destruction à l’environnement. Il y a enfin une catégorie pour laquelle le «réductionnisme » à la fois fournit des outils adéquats et a des implications pratiques. Selon Shiva, cette catégorie, « contrairement aux particules physiques, transcende le contexte matériel de l’expérience en laboratoire, et, contrairement au savoir issu des champs liés à la santé, à la nourriture et à l’agriculture, ne déséquilibre pas la balance écologique. ». Et quelle est cette troisième catégorie ? La réponse est : « l’électronique ».

On pourrait proposer de nombreuses objections à cette classification, mais je vais centrer ma critique sur la compréhension que Shiva a de l’électronique. D’abord, dire que l’électronique est une catégorie différente de  la physique des particules est une bêtise. L’électronique est bel et bien un exemple parfait d’application pratique de notre compréhension de la physique. Sans la rupture de la mécanique quantique, la révolution digitale n’aurait pas eu lieu. De plus, il est très étonnant de voir une écologiste proclamer que l’électronique ne crée pas de problèmes environnementaux. Au moins sous leur forme actuelle, nos appareils électroniques sont un poids majeur sur l’environnement – depuis les minéraux extraits pour les produire jusqu’aux déchets qu’ils occasionnent. Mais, si l’on laisse cela de côté, il y a quelque chose de très révélateur dans la catégorisation de Shiva. Dans les domaines de « la santé, la nourriture et l’agriculture » Shiva est une luddite achevée, mais elle est par ailleurs très satisfaite d’utiliser ordinateurs,  avions et téléphones portables. Elle prétend mettre ses pas dans ceux de Gandhi, mais Gandhi lui  au moins était cohérent. Il avait un strict régime végan, il utilisait très rarement la voiture, et n’est probablement jamais entré dans un cinéma de sa vie.  S’il y  avait des inconvénients à adopter un style de vie fondé sur la dénonciation des technologies modernes, il était le premier à les assumer. Vandana Shiva est moins impliquée dans son propre ascétisme.

 

Shiva a un agenda très chargé sur le circuit international des conférences. Photo by Saskaboy | Flickr CC licenseShiva a un agenda très chargé sur le circuit international des conférences. Photo by Saskaboy | Flickr CC license

 

Comment justifie-t-elle cette contradiction ? Pourquoi ne pas accepter le « savoir traditionnel » sur le vol aérien quand elle met les pieds dans un avion ? Et qu’en est-il de la voie « tribale » vers la connaissance quand il s’agit de construire une antenne-relais pour téléphones portables ? Sa vision de la science moderne – et la volonté de lui substituer une « ethno-science » , c'est-à-dire une science  ancrée dans la culture d’un peuple particulier, plutôt que d’être un projet universel - , lui fournit un confortable échappatoire à cette contradiction. En fait, « la santé, la nourriture et l’agriculture » étaient choses connues des peuples indigènes, ils en avaient une expérience directe et comprenaient intuitivement les systèmes écologiques. Donc,  leurs vues à leur sujet – aussi erronées soient-elles selon les standards de la science moderne – sont valides. Les inventions plus récentes ne le sont pas. Donc, l’ « ethno-science » du monde développé est valable quand elle est appliquée aux inventions électroniques, mais elle devient « réductionniste » quand elle est utilisée dans ces autres domaines. Cette présentation des choses est si évidemment contradictoire et opportuniste qu’il est difficile d’imaginer que quelqu’un pourrait y adhérer. Quelle qu’en soit la  justification rationnelle, la conséquence de la philosophie de Shiva est que le « réductionnisme » lui permet d’accéder à un certain confort dont elle ne serait pas prête à se passer. Dans ce cas, il s’agit des téléphones portables, des avions et des ordinateurs. Mais il devient la source de toutes les oppressions et de toutes les dégradations dans le monde quand il est appliqué à des choses dont elle a moins besoin – parce qu’elles lui ont déjà été fournies en abondance -, telles que « la santé, la nourriture et l’agriculture ».

L’hypocrisie de ce positionnement échappe complètement à Shiva, dont la plus grande partie du livre est consacrée à  peindre un portait excessivement romantique des peuples indigènes et d’un passé idyllique qui n’a jamais existé. Pour Shiva, l’idée que les peuples indigènes qui vivaient en société tribales pouvaient souffrir de quelque forme de privation que ce soit est purement et simplement une invention de la pensée « réductionniste ». Le problème des sociétés indigènes n’est pas leur pauvreté, mais la manière dont la richesse est définie dans la mentalité  occidentale. Shiva affirme que « les sociétés traditionnelles ne sont pas avancées en matière de satisfaction des besoins non-essentiels, mais en ce qui concerne la satisfaction des besoins fondamentaux et vitaux, elles correspondent souvent à ce que Marshall Sahlins a appelé «  la première société d’abondance » ». Pourtant, il suffit de prendre en compte le taux de létalité de maladies que l’on sait aujourd’hui guérir pour mesurer à quel point ce sociétés étaient en mesure de satisfaire leurs « besoins fondamentaux et vitaux » - sans même parler de chose telles que le logement, les loisirs ou la possibilité de s’investir dans des formes particulières du savoir telles que l’écriture, la recherche scientifique et les activités artistiques.

La référence aux travaux de Sahlins est également révélatrice. Marshall Sahlins s’est rendu célèbre dans le domaine de l’anthropologie en démontrant que les sociétés de chasseurs-cueilleurs ne vivaient pas en permanence au bord de la famine. Alors que certaines des conclusions de Sahlins sont toujours contestées – comme le temps consacré par ces sociétés au « travail » et ce qui y était effectivement considéré comme du « travail » -, beaucoup de ses observations ont été reconnues comme d’importantes contributions à l’anthropologie. Le problème est que beaucoup de gens – particulièrement ceux qui ont un projet environnementaliste régressif – ont mal interprété et exagéré les affirmations de Sahlins. Son travail a été récupéré par des écologistes pour faire dire à propos des sociétés indigènes des choses que Sahlins ne disait pas. Comme l’explique Jacqueline Solway dans son essai qui fait le bilan de l’héritage des travaux de Sahlins : « Des groupes militants ont élevé « La première société d’abondance  [iii]» au rang de quasi objet de culte… Des organisations promouvant la durabilité écologique,  le retour à la nature, l’anti-matérialisme et la vie communautaire» trouvent dans « La première société d’abondance » un support rationnel et une perspective pour leurs rêves et positionnements utopiques. ». Shiva, dans sa course zélée à l’accumulation de louanges sur les sociétés tribales, est profondément coupable de cette usurpation intellectuelle.

Toute cette romantisation des peuples indigènes, tout en façonnant une petite niche philosophique pour l’électronique moderne ,  apparaît un peu au service de ses propres intérêts, et c’est d’ailleurs ainsi que je décrirais le livre de Vandana Shiva : au service de ses propres intérêts. Selon Shiva, l’Inde a été au cœur du développement de l’agriculture et de l’agronomie. Le fait que la réputation des pays développés ait éclipsé celle de l’Inde dans ce domaine est purement et simplement le résultat d’une habile manœuvre effectuée par les « réductionnistes »  pour marginaliser les autres manières d’appréhender le monde. Et ce n’est pas tout, puisque les femmes indiennes ont plus de connaissances en agriculture que qui que ce soit d’autre – et si ces femmes sont de surcroît indigènes, alors elles sont au sommet du savoir agricole. Nulle part dans le livre de Shiva le lecteur n’est amené à penser qu’une compétence est le produit de l’expérience, d’un dur labeur, de la discipline et de l’apprentissage. Le savoir serait plutôt le produit de l’identité, et l’identité dont elle perçoit qu’elle est la plus porteuse de savoir est justement celle des femmes indigènes d’Inde ;  le fait qu’elle soit elle-même une femme indienne fascinée par  les peuples indigènes – et la manière dont cela pourrait influencer sa propre élaboration – ne fait pas partie des choses sur lesquelles elle s’interroge.

Ne pas réfléchir à sa propre identité (Shiva est issue de la caste privilégiée des Brahmanes en Inde) et des possibles œillères qui pourraient en résulter semble être un des facteurs principaux qui ont conduit Shiva à des positions aussi erronées sur la science, la philosophie et l’histoire. Le contenu de son livre en termes de connaissances est simplement lamentable. Elle sélectionne et choisit parmi les auteurs des points qui soutiennent ses positions et ensuite ignore ce qui chez eux la contredise. Par exemple, aux pages 119-120, elle cite le très populaire économiste indien Amartya Sen, pour montrer que la Révolution Verte a accru les inégalités de genre en Inde. Sa preuve en est que le sex-ratio entre hommes et femmes[iv]  est moindre en Afrique –où il n’y a pas eu de Révolution Verte – qu’il ne l’est en Inde. Non seulement cette comparaison ne nous dit à peu près rien des effets de la Révolution Verte, mais Sen serait probablement choqué d’apprendre que ses travaux ont été utilisés de cette manière. Sen, prix Nobel d’économie et expert de la question des famines, n’a jamais démenti l’importance de la Révolution Verte – et à coup sûr il n’a jamais pensé qu’elle a conduit à une aggravation du sexisme au sein de la société indienne.

 Au-delà de cette lecture sélective de travaux de différents auteurs, Shiva accumule les entorses à la déontologie académique. Elle balance des pseudo-faits sans aucune référence à leur appui.  Un des exemples les plus incongrus se trouve à la page 23, quand Shiva affirme que « 80% de la recherche scientifique (…) est dédiée à l’industrie de guerre ». Sans source à l’appui de cette information, le lecteur en est conduit à considérer que celle-ci est entièrement fabriquée par l’auteure. La majorité des recherches scientifiques qu’elle cite effectivement l’est à partir d’articles de journaux et pas des publications originales. D’autres sources sont juste complètement ridicules, comme lorsqu’elle a l’audace de citer un mémo dans une entreprise rédigé par une main anonyme. A d’autres moments, elle est simplement fainéante. Dans un paragraphe, elle présente un graphique de pluviométrie. Au lieu de faire le calcul pour trouver la pluviométrie moyenne sur 40 ans, elle propose simplement au lecteur une estimation. Pour ma part, je ne crois pas que ce livre  passerait avec succès un quelconque examen de niveau universitaire. Au mieux, un enseignant le considèrerait-il comme un brouillon.

 

Pourtant, pour bien des gens, non seulement Vandana Shiva passe en année supérieure, mais elle est même placée sur l’estrade en tant que nouvelle professeure. La seule explication que je peux trouver à cet état de fait est qu’elle nourrit les biais et les préjugés qu’ont beaucoup de gens en Occident à propos du monde en développement, tout en leur fournissant une couverture idéologique  leur permettant de ne jamais avoir à échapper au confort de leur mode de vie privilégié. Shiva donne aux gens l’espoir de pouvoir avoir et le beurre et l’argent de leur beurre bio. Très probablement, elle s’est entourée de sycophantes qui, amoureux de l’idée du bon sauvage qu’elle promeut, sont en quête d’une gourou. Toute sa philosophie et son approche du savoir sont une confirmation que les gourous existent, et, en disant aux gens ce qu’ils veulent entendre, elle devient effectivement la gourou qu’ils recherchent.

Pour couronner le tout, son langage assourdissant la rend impossible à critiquer. De la même manière que Vandana Shiva n’a jamais tort, ceux qui ne partagent pas ses opinions ne se contentent pas de se tromper.  Au contraire, ils sont les complices d’une grande entreprise occidentale de colonisation et d’oppression. Si il y avait une formule qui résumait la pensée de Vandana Shiva, ce serait celle-ci : anthropomorphisez la nature, essentialisez les femmes, et sentimentalisez les peuples indigènes. Ainsi, le sol a des « droits », l’égalité est fondée sur « un principe féminin »,  l’écologue durable implique d’apprendre des « modes tribaux de connaissance », les barrages agissent « violemment" contre les rivières, les expériences contrôlées sont des constructions « masculinistes », le surplus économique est une propriété « épistémique » de la colonisation occidentale, et ainsi de suite. Elle a tellement truffé le terrain du débat de mines  rhétoriques qu’il est impossible de la critiquer sans être accusé de vouloir perpétuer les souffrances d’autrui. Comment un critique sincère pourrait-il dans ce cadre  construire une contre-argumentation efficace ? La réponse est que vous ne pouvez pas, tant que vous ne voulez pas lever le rideau sur l’ensemble de sa comédie et mettre à jour l’hypocrisie et les principes réactionnaires qui sont sous-jacents à ses travaux.

Après avoir lu Staying Alive, il est clair que si les idées de Vandana Shiva venaient à être dominantes, le monde ne serait rien d’autre qu’une « écotopie ». Ses remèdes sont pires que le mal. Il y a une raison à cela. Quand les gens jettent par-dessus bord la Raison – que ce soit l’humanisme quand il est question de la société ou la science quand le monde de la nature est concerné -, le vide laissé dans leur esprit est rempli par des pulsions, des biais et des préjugés. Peu importe s’ils tentent de masquer ces préjugés et ces biais par des néologismes de type « ethno-science », ceux-ci sont toujours présents. Par moments, ces forces d’inspiration peuvent conduire à de bonnes décisions, mais la plupart du temps ce seront de mauvaises. Les gens qui sont trop crédules à propos de leur propre intellect, ceux qui pensent qu’ils n’ont rien à apprendre et tout à enseigner, ne verront pas la différence, mais les gens qui vont souffrir de ces mauvaises décisions eux la verront.  Et s’ils ont assez de soutien de la part d’autrui, cela ne devrait être qu’une question de temps avant que ces voix de ceux qui souffrent ne se fassent entendre plus fort  que les platitudes sonores et la démagogie de Vandana Shiva.

 

(Source : Yann Kindo et son blog "La Faucille et le labo : décembre 2016/ Mediapart)

 


Un point de vue plus impartial recueilli sur youtube :

 

 

On peut être en désaccord avec les références essentialistes employées ici par Vandana Shiva (et dieu sait si je le suis, on n'est pas sorti.e.x.s du bac avec la naturalisation des rôles genrés), mais son combat contre la privatisation du vivant ou la destruction de la biodiversité sur l'ensemble du globe au nom du profit d'un petit nombre est fondamental. Nous sommes dans l'urgence d'agir, et ce n'est pas sur les multinationales qu'il faut compter pour épargner notre planète. D'ailleurs, contrairement à ce qui est évoqué dans certains commentaires, il n'a jamais été question pour elle de prôner un quelconque "retour en arrière" antiprogressiste, mais bien de soutenir la paysannerie à échelle locale par des moyens simples (la préservation de la variété des semences et la lutte contre le brevetage et le génie génétique industriel), favoriser les circuits courts et le respect de la faune, la flore et de l'humain. Juste la base de la vie quoi... On est d'accord, les métaphores qu'elle emploie ont des relents pour le moins traditionalistes, mais de là à la traiter de charlatane pseudo-scientifique... les combats pour la préservation de notre planète sont multiples, sûrement pas tous parfaits (peut-être comme chacun.e.x de nous ...) mais le coeur du problème est commun. Avançons ensemble plutôt que de nous tirer dans les pattes. Ensemble, agissons !

 

(Source : commentaire sur la vidéo d'une interview de Vandana Shiva sur la chaîne Médiapart par la journaliste Jade Lindgaard)

 


14/12/2018
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